LA COULE

MEMOIRES ETERNELLES

A travers sa série Mémoires éternelles, Orsa traite d’un fait divers tant sanglant que marquant. Dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, sept moines trappistes du Monastère de Tibhirine sont enlevés. Après deux mois de séquestration, leur assassinat est annoncé le 21 mai 1996, dans un communiqué attribué au Groupe islamique armé. Les têtes des moines décapités ne sont retrouvées que le 30 mai 1996, non loin de Médéa, mais pas leurs corps, ce qui suscite les doutes sur la thèse officielle expliquant leur décès.
Orsa a l’idée de revenir sur ce drame lors d’une visite de l’Abbaye cistercienne d’Aiguebelle en 2011 : en admirant les moines prier dans leur longues robes blanches magnifiées par la lumière du lieu, il a un flash. Il repense immédiatement à la tragédie qui eut lieu en 1996. Orsa ressent immédiatement le besoin de rendre hommage à ces moines. Plongés dans une lumière monastique, ces corps sans tête semblent flotter dans l’espace. On est comme happé par ces corps en mouvance. Les jeux de lumières contribuent à nous transporter dans ce monde à part, sorte d’au-delà où ces moines reprennent vie.

Stéphanie Pioda

HABIBA

D’ÂME À ÂME

Habiba, une Berbère qui reste très discrète sous ses foulards qui n’offrent à voir que son visage et ses mains. Elle ne parle pas le français, donc l’échange est d’emblée limité pour qui ne parle pas l’arabe. Mais voilà que le lendemain matin arrive dans cette demeure une famille accompagnée d’une interprète. Orsa n’hésite pas une seconde et en profite pour que cette dernière traduise quelques paroles pour Habiba : il aimerait la prendre en photo sur la plage. Une requête qui aurait pu paraître incongrue, mais la jeune femme accepte immédiatement, sans timidité ni retenue, avec ce sourire rayonnant. Ce sera après le déjeuner. Il y a certes ce visage et ce regard qui ont fasciné Orsa, mais il aimerait tellement voir ses cheveux, qu’elle puisse se dévoiler dans toute sa beauté. Un tabou pour cette femme musulmane, mais l’envie est trop forte. La traductrice qui les accompagne transmet les mots d’Orsa et avec naturel, Habiba « passe ses mains derrière la tête et enlève son foulard ». On ne peut penser qu’aux mots du poète persan Djalâl-odDîn Rûmî qui écrivait au XIII e siècle : « La parole est un prétexte : ce qui attire l’homme vers l’homme c’est l’affinité qui les lie, et non la parole. » Une telle confiance s’est installée entre les deux qu’il n’y a que l’évidence de la situation. Mais contrairement au poète qui réclame de « fixer au moins la trace » de ces instants, ces photographies nous permettent de témoigner.

Stéphanie Pioda

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